Au cœur de la méditation
Lalita Jaquenoud
Pour moi, la méditation est un chemin pour mieux me rencontrer. Trouver
ce qui en moi, se meut, en éclairant mes limitations et en les traversant.
Etre, en étant témoin intérieur des divers états s'enchevêtrant, se juxtaposant.
Déjouer les élans, désirs, passions, aux veines souterraines du morbide qui vient
éteindre le souffle de la vie en mon être. Prendre de la distance, mettre à distance
les constructions de la personnalité, du mental automatique, des schémas inscrits
dans les profondeurs et qui modèlent les prises de choix lorsque le conscient
n'est pas suffisamment présent.
Etre conscient, devenir conscient ou plutôt redevenir conscience.
Etre avec l'état de Celui qui Est et Sait qui est à la fois sans limites, sans jugement, sans mouvement.
Toucher, goûter à l'état d'existence. Cet état immobile, sans polarité, hors des concepts, des mots.
Comment décrire ces états de paix profonde : " comme la surface d'un lac sans
une ride, dans laquelle le ciel se dédouble avec perfection. ".
Quel amour, quelle grandeur, quelle félicité de goûter, toucher, voir ces espaces
infinis et centrés. Là, le cœur humain est une cellule qui vibre et pulse avec le
cœur de l'Univers. La spatialité du cœur est aussi vaste que l'univers qui commence
et finit en lui-même.
Tout est relation, expansion, contraction, rythme, ordonnance. L'émotion de séparation,
d'abandon, de solitude alors ne trouve plus de sens.
Comment être dés-uni lorsque le je a goûté à l'Uni ?
Le quotidien que je pose sur la toile de ma vie est constituée de mini, micro choix
de pensées, d'élans, de retraits, retenues, de peurs, d'expirs, d'allants. Mis bout à
bout, ces forces composent l'atmosphère de l'individu que j'exprime à travers une présence.
A un bout se trouve l'incarnation de cette personnalité avec une infinité d'expressions, à
l'autre bout " Je Suis " incommensurablement intriqué à la trame de l'univers fini- infini.
Grader d'un état de conscience à l'autre, avec une précision de plus en plus grande, une
lenteur, une sacralité apposée sur chaque particule du vivant.
Ouvrir la porte à la vague de la Grande Vie afin qu'elle traverse les marches de la
charpente qui nous constitue en nous.
Permettre au Souffle Divin de nettoyer, purifier, liquéfier ce qui n'est pas lumière en
notre colonne vertébrale, en notre corps espace sacré. Ce corps, temple doux et bon qui
est le partenaire pour nous proposer de jouer à la vie consciente.
La méditation se passe dans le grand secret des cellules, au sein de notre cœur et à
travers ce corps-Energie sacré pour s'expandre dans tous les corps subtils nous entourant
et nous composant.
Aimer, aimer, aimer, être ce courant d'amour qui est " Je " et qui jamais ne passe,
ne s'arrête, transforme, modèle, déforme, emporte et laisse briller le Pur Joyau de la Conscience.
Il y a 1001 chemins qui mènent à l'état de méditation. La méditation est un état
dans lequel on glisse, on bascule, tout comme on glisse dans l'état de sommeil. Je ne
peux pas décider de tomber en sommeil, par contre je peux me préparer en ayant une journée
calme, organisée, centrée. Mon état intérieur est en paix. Vers le moment du couché, je
pratique des activités calmes , restructurantes et je me mets en condition pour avoir un
sommeil des plus harmonieux : un bon lit, suffisamment d'oxygène, une digestion apaisée.
Et ma position couchée va m'aider à m'endormir ! N'est-ce pas ?
C'est la même chose pour la méditation. Je me prépare à vivre ce moment. Je tends
vers celui-ci, mais je ne peux pas le décider avec mon ego. Alors je me mets dans des
conditions pour ne pas être dérangée, mon corps a fini sa digestion, il n'a plus de besoins
d'évacuation, ma soif est apaisée.
Si je pratique dans un endroit clair, aéré, ordré, mon mental peut d'autant mieux se calmer.
Et comme un rituel, je rentre dans le moment de préparation à la méditation, la concentration,
l'apaisement. J'arrête mes activités extérieures pour me tourner vers mes activités intérieures.
Je prends une pose qui me sied. Chacun a une position qui lui convient mieux. Ce peut être
assis sur une chaise les pieds posés à terre, les mains sur les genoux, soit en tailleur,
soit un coussin ou un banc de méditation.
Règle importante : ne rien précipiter. L'état méditatif dépend du rayonnement des cellules,
de leur équilibre entre elles. La respiration est le moyen qui va équilibrer leur activité
entre elles, entre les différents organes. Il s'agit de vivre complètement à travers son corps cette paix.
Je prends une position où ma colonne vertébrale est droite, tendue entre le haut du ciel et le
bas de la terre. Là aussi je ne peux pas le décider ; j'utilise la respiration naturelle pour
étirer les muscles, les tendons, les ligaments pour progressivement placer cette colonne dans
un axe. Le bas de ma colonne s'étire contre le siège comme appelée par la force de la pesanteur
et à la fois, le haut de ma poitrine et le sommet de ma tête sont étirés vers le ciel, les
omoplates s'écartent doucement, les épaules s'expandent vers l'extérieur, le ventre se contracte
naturellement contre la colonne lombaire. Et avec fermeté, la posture prend un axe, une direction
verticale. La respiration devient douceur et massage profond pour continuer d'allonger les
muscles profonds situés tout au long de la colonne pour les strechter, les renforcer afin qu'ils
soutiennent la verticalité de la colonne.
A ce stade-là, les muscles du visage, du cou, des membres se détendent, se relâchent et participent
au mouvement de vagues de la respiration qui s'approfondit.
Je rappelle que je demande à mon corps de se préparer ainsi, mais que c'est la respiration naturelle
qui installe mon corps dans la position de la concentration.
A présent, le ventre se détend encore davantage, il devient une peau qui se gonfle et se dégonfle
à chaque passage du respir. Progressivement cette respiration qui remplit le bassin va passer dans
le bas de la colonne vertébrale. La sensation du souffle qui masse délicatement la colonne va se
faire. La présence à soi s'intensifie. Le souffle porteur de vie, le ki, le prana se répand alors
davantage le long de la colonne vertébrale.
L'attention devient de plus en plus subtile, l'intensité de l'énergie s'accroît, nettoyant étage
par étage, vertèbre par vertèbre les déséquilibres physiques, émotionnels, mentaux. Avec son rythme,
son organisation, le corps massé, nettoyé par le souffle trouve son espace, les cellules augmentent
leurs échanges, l'énergie nerveuse est soutenue. Mentalement, les pensées, les images, le bavardage
intérieur se calment. Parallèlement, la respiration s'amenuise, parfois jusqu'à presque disparaître.
Puis viens un moment où le corps est stable, posé, calme. La conscience de celui-ci est d'être
disposé entre six directions, qu'il participe à une myriade de pulsations dans l'univers. Le corps
redevient cet espace sacré qui pulse à travers l'univers et en fait totalement partie.
Dans une ordonnance de la nature, dans cet état de méditation, le mental se pose sur un point
précis à l'intérieur du corps, parfois en surface, parfois en profondeur. Les yeux suivent
naturellement le positionnement y attenant. Je ne décide rien. Une autre direction a pris place
et guide le circuit intérieur qui se déroule. Parfois les rythmes respiratoires varient, parfois,
des couleurs se stabilisent dans certains endroits de mon être, parfois des lignes d'énergies
se recréent et reconstituent comme un treillis à l'intérieur de mon corps, parfois mes globes
oculaires se tirent en direction de certaines zones de mon cerveau, parfois des roues d'énergies
se mettent à vibrer, tourner à l'intérieur de mon corps ou à l'extérieur. Je ne décide rien.
Et parfois, il ne se passe rien en apparence, je suis juste présente de ma respiration.
L'état de méditation est une grâce à appréhender avec une attitude mentale adéquate. Je me mets
à disposition et je continue de viser cette direction. On ne peut l'obtenir, mais cela n'empêche
pas que je tende jour après jour dans ce chemin ardu à m'y réessayer. Approfondir le sillon,
m'engager dans cette voie, la voie qui vient de l'intérieur, qui vient du plus profond, de l'infini.
La pratique de la méditation me donne le regard dégagé pour discerner l'important du plus futile,
pour sentir ce qui est vivant à privilégier dans ma vie ou ce qui est à écarter.
Cette pratique
est mon guide, ma lanterne, ma boussole.
Merci à la Vie d'Etre !
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